1er Mai : « volontaires payés double » … et l’hôpital public laissé sur le carreau
Cette année, l’exécutif a mis en scène une promesse simple : des salariés “volontaires” pourraient travailler le 1er Mai et être payés double. Le message a été martelé : volontariat, accord écrit, rémunération doublée, cadre “sécurisé”.
Mais à l’hôpital public, là où la continuité n’est pas un concept mais une nécessité vitale, des milliers d’agents travaillent le 1er Mai sans bénéficier du doublement. À la place : une indemnité forfaitaire de “dimanche/jour férié”. Résultat : deux poids, deux mesures, et un mépris qui ne dit pas son nom.
TL;DR — Résumé : le Gouvernement met en avant des « volontaires payés double » le 1er Mai. À l’hôpital public, la continuité des soins impose de travailler ce jour-là, mais la majorité des agents restent sur une indemnité forfaitaire (dimanche/jour férié) au lieu d’un véritable doublement. Cette différence entérine une inégalité entre privé et FPH, et masque la contrainte derrière le mot « volontariat ». Nous revendiquons l’alignement sur le principe du doublement, ou à défaut une revalorisation immédiate, avec des règles transparentes et une négociation nationale.
1) Le 1er Mai : un jour pas comme les autres
Le 1er Mai n’est pas un jour férié ordinaire. Dans le droit du travail, il bénéficie d’un régime spécifique. Et surtout, quand l’activité ne peut pas s’arrêter, la loi prévoit une contrepartie exceptionnelle.
Dans le secteur privé, le Code du travail est limpide :
Dans les établissements et services qui ne peuvent interrompre le travail, les salariés occupés le 1er Mai ont droit, en plus du salaire, à une indemnité égale à ce salaire
Autrement dit : travailler le 1er Mai = être payé double (salaire + indemnité égale au salaire).
Et l’administration elle-même le rappelle : les structures dont la continuité est indispensable (ex. hôpitaux) peuvent faire travailler ce jour-là, avec doublement
Donc, si l’on applique l’esprit du texte, l’hôpital devrait être le premier concerné par cette reconnaissance, pas le dernier.
2) Le constat : vitrine gouvernementale, réalité FPH, inégalité, faux volontariat
2.1) La vitrine : « volontaires payés double »
Cette année, la communication gouvernementale a insisté sur l’idée d’autoriser certains secteurs (notamment artisanaux) à ouvrir le 1er Mai avec des salariés volontaires et payés double.
On nous a servi les mots-clés : “cadre juridique sécurisé”, “volontariat”, “accord écrit”, “rémunération doublée”.
Qu’on soit clair : nous n’opposons pas les travailleurs entre eux. Si des garanties supplémentaires existent pour des salarié·es, tant mieux. Ce que nous dénonçons, c’est l’instrumentalisation : on fait du “payé double” une évidence médiatique… tout en refusant d’appliquer la même logique aux agents hospitaliers qui assurent une mission essentielle, jour et nuit, week-ends et jours fériés compris.
Le 1er Mai, à l’hôpital, ce n’est pas une option de confort :
- urgences,
- réanimation,
- EHPAD,
- blocs, imagerie, labo,
- bionettoyage, brancardage, techniques, logistique, sécurité, restauration…
- Tout continue. Et sans nous, rien ne tourne.
2.2) La réalité en FPH : pas de doublement, une indemnité forfaitaire
Dans la fonction publique hospitalière, le travail des dimanches et jours fériés est encadré par un dispositif indemnitaire : le décret n°92-7 du 2 janvier 1992 institue une indemnité forfaitaire pour travail des dimanches et jours fériés, sur une base de 8 heures de travail effectif, montant fixé par arrêté.
Et depuis le 1er janvier 2024, ce forfait (base 8 heures) est fixé à 60 €.
En clair : pour beaucoup d’agents, le 1er Mai est traité comme un dimanche ou un jour férié “standard”, avec une indemnité forfaitaire – pas comme un jour à part ouvrant droit à une “deuxième paye”.
Ce que cela signifie concrètement : le jour où l’exécutif vante la “rémunération doublée”, l’hôpital public reste sur un régime forfaitaire qui n’a pas la même portée qu’un doublement du salaire.
2.3) Une inégalité assumée
L’injustice est d’autant plus choquante que le débat public le reconnaît. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale rappelle explicitement que les soignantes et soignants (et plus largement les agents) travaillent le 1er Mai, mais ne sont pas payés double : ils perçoivent une indemnité forfaitaire (à l’image des autres dimanches/jours fériés).
Et le même texte rappelle qu’un dispositif avait existé pour rapprocher le régime des agents publics de celui du Code du travail, avant d’être abrogé, consolidant ainsi l’inégalité.
Donc, on a bien eu, noir sur blanc, la possibilité d’aller vers l’égalité… puis on a reculé.
2.4) Le « volontariat » à l’hôpital : quand la contrainte se cache derrière les mots
On nous parle de volontaires. Dans la réalité hospitalière, le mot “volontariat” est souvent une façade.
Quand les effectifs sont à flux tendu, quand les remplacements manquent, quand les plannings sont déjà une bataille quotidienne, la question n’est pas :
“Qui veut travailler ?”
mais :
“Comment on couvre ? Qui tient ?”
Et le 1er Mai, comme les nuits, les week-ends, les autres jours fériés, ce sont souvent les mêmes équipes qui portent la continuité. La société s’habitue vite à ce que l’hôpital tourne “quoi qu’il arrive”. Et l’État, lui, s’habitue trop facilement à ce que cette continuité coûte le moins possible.
6) Ce que nous revendiquons : simple, juste, compréhensible
La CGT revendique des mesures de justice sociale et de reconnaissance :
✅ Revendication n°1 : Doublement de la rémunération le 1er Mai en FPH
Si le Code du travail prévoit une indemnité égale au salaire pour les activités indispensables le 1er Mai, alors l’hôpital public doit appliquer le même principe.
✅ Revendication n°2 : À défaut immédiat, revalorisation massive des compensations actuelles
Le forfait (dimanche/jour férié) ne peut pas être la seule “réponse” quand on parle d’un jour au statut spécifique, d’une charge symbolique forte et d’une continuité vitale.
✅ Revendication n°3 : Transparence et harmonisation
Nous exigeons des règles claires, connues de tous, et non une jungle d’interprétations et de bricolages.
✅ Revendication n°4 : Une négociation nationale sur le travail des jours fériés à l’hôpital
Pas une opération de com’, pas des annonces : une négociation avec calendrier, budgets, engagements.
7) Le 1er Mai ne se “célèbre” pas : il se respecte
Le 1er Mai est un symbole de lutte. Il rappelle que les droits ne sont jamais donnés : ils sont conquis.
Quand le Gouvernement met en avant la “rémunération doublée” pour certains, il reconnaît implicitement qu’un travail le 1er Mai mérite une contrepartie exceptionnelle.
Nous refusons que cette reconnaissance s’arrête à la vitrine médiatique. L’hôpital public n’est pas une variable d’ajustement. Les agents hospitaliers ne sont pas des figurants de la continuité : ils en sont la condition.
Alors oui : le 1er Mai, nous continuerons à soigner.
Mais nous continuerons aussi à revendiquer.
Parce que la dignité au travail, c’est aussi la dignité sur la fiche de paie.
CGT : on ne lâche rien.
Textes & références (à mettre en bas d’article)
- Code du travail, art. L3133-6 (doublement si travail indispensable le 1er Mai) : Voir l’article sur Légifrance
- Rappel administratif (double rémunération si travail le 1er Mai dans services indispensables) : Service-Public Entreprendre – A18232 [technologia.fr]
- FPH : indemnité forfaitaire dimanches et jours fériés : Décret n°92-7 du 2 janvier 1992 (Légifrance)
- Revalorisation du forfait à 60 € (base 8h) au 1er janvier 2024 : Note FHF [espace-cssct.fr]
- Communication gouvernementale sur volontariat + rémunération doublée : Info.gouv.fr [apsss-consulting.fr]
- Question écrite sur l’absence de doublement à l’hôpital : Assemblée nationale – QE n°15044 [pdfs.seman...cholar.org]
- Contexte “projet de loi / payés double” : Vie-publique (panorama)
- Retour en arrière (abrogation du dispositif côté agents) : WEKA – analyse [legifrance.gouv.fr]